Saint Samson

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Saint Samson

Message par Cathelineau le Mer 21 Fév - 1:21

Hagiographie de Saint Samson



Samson (en breton Samzun) est l’un des sept saints fondateurs de Bretagne. Son nom est associé à Dol-de-Bretagne, où il fit construire un monastère. On le représente généralement accompagné de serpents, symboles des maux physiques qu’il s’attachait à soulager, ou portant une église comme il a porté la sainte foi en Bretagne. Ci-après sont traduits et compilés les souvenirs d’un sien disciple, tels que contés plusieurs décennies après sa mort dans une série de lettres d’éducation adressées à une élève.


Lettre première – où l’on apprend comment Samson naquit à un couple infécond, et comment il choisit la voie de l’Église

Tu m’as souvent interrogé, ma chère élève, sur Samson, que j’ai eu l’heur et le privilège de connaître. Aujourd'hui que tu n'es plus là, j'ai le sentiment de ne pas lui avoir rendu justice. Je peux moins te guider, à cause de la distance qui nous sépare ; mais que Saint Mhour me soit témoin, l’écriture est puissante ! Aussi, je veux encore te dispenser cet enseignement, et te dire comment vécut l'homme qui fit tant pour notre sainte Église en Bretagne. Après quoi, je considérerai t’avoir apporté tout ce que je pouvais.

Il te faut savoir, d'abord, que mon maître aurait pu ne jamais embrasser la carrière ecclésiastique. En effet, lorsqu'il en manifesta l'envie, son père Ammon se montra fort réticent. Non qu’il manquât de piété, bien au contraire ! Mais lui et son épouse avaient longtemps craint de ne jamais avoir d’enfant. Ils avaient prié avec ferveur, des années durant, mais leur union semblait vouloir rester sans fruit. Or donc, ce fils qui leur était venu, ils le chérissaient et tremblaient à l’idée de le perdre, même pour Dieu.

Cependant, Ammon reçut en rêve la visite de l’Archange Miguaël. Celui-ci lui dit :
« Dis-donc… Si tu veux un gamin pour assurer tes vieux jours, adopte ! Y’en a plein les rues, et tu feras une bonne action. Mais Samson, lui, veut suivre la voie d'Aristote et de Christos, alors lâche-lui la grappe. » Ce sont là les paroles exactes qui me furent rapportées par Samson, lequel les tenait directement d’Ammon. Il faut croire que les Archanges adaptent donc parfois leur niveau de langue à leur interlocuteur, à moins qu’Ammon, dont le parler était franc et rude, ait un peu modifié la lettre du message en le rapportant. Quoi qu’il en soit, ce fut efficace.

Allons, je dois te laisser. J’écrirai demain, sois-en sûre.



Lettre seconde – où l’on apprend comment le moine Samson se fit médecin

Ma chère élève, encore élève, élève pour jamais,

Sois certain que, si tu devais avoir besoin de moi et tant que je vivrai, tu pourras toujours te tourner vers moi. Ce que je t'ai écrit, je ne l'ai pas écrit pour te congédier. Je reconnais, seulement, ce qui est : que tu prends ton envol, et que tout est bien.

Samson, t’écrivais-je, rejoignit le monastère de Cardiff. Il montra vite une grande aptitude pour les sciences, et particulièrement pour celles qui apaisent les maux du corps. A seize ans, il reçut la charge de cultiver le jardin de simples du monastère. A dix-sept ans, il concoctait ses propres potions et essences curatives. Ses frères ne furent jamais si bien soignés. Quant aux paysans du voisinage, ils venaient souvent à lui pour recevoir des soins, et pour obtenir des conseils sur la façon de chasser les oiseaux et les serpents.

Samson disait souvent :
« Ne méprisez pas les maux du corps, car le corps et l’âme sont étroitement liés. La maladie de l’un pèse à l’autre. »Au Frère Plas Hébeau, qui arguait que la foi seule guérissait le corps, il disait encore :
« C’est ça ! Et quand ta potion te tombera du ciel, prends garde à ne pas la prendre sur la tête, surtout ! »
Herboristerie, anatomie, physiologie, chimie, astronomie… Samson étendit autant qu’il put ses compétences médicales. Mais quoique sa science fût large, il cherchait toujours à en acquérir, et jugea qu’il ne le pouvait en son monastère. Il demanda donc à le quitter.

Comme je te quitte moi-même ; mais je te raconterai tantôt les voyages d’études de Samson.



La lettre troisième, s’est perdue. On suppose qu’elle est riche d’informations sur son voyage irlandais, sur la façon dont il vécut, dont il arriva en Bretagne, et sur son chemin au sein de la sainte Église pendant cette période.


Lettre quatrième – comment Samson, arrivé en Bretagne, éradiqua une épidémie et fonda Dol

Très chère enfant,

Je m’associe à tes louanges, cent fois, mille fois, car il est vrai que l’arrivée de Samson sur notre bonne terre était un cadeau du ciel. Je veux te dire encore quelles prouesses il réalisa, et comment il se décida à rester parmi nous.

Vois-tu, lorsqu’il gagna l’endroit où la péninsule s’arrache au continent, il fut accueilli par un notable généreux mais profondément triste. il demanda à son hôte la cause de son affliction. « Ma femme et ma fille, répondit celui-ci, souffrent d’un mal étrange qui gangrène la région. Tout leur corps irradie de douleur, et nul ne sait les soigner. »

Samson interrompit séance tenante ses projets pour étudier le mal des autochtones. Il partageait son temps entre ses consultations, ses recherches, et les offices au cours desquels il ravivait la foi des malades et de leurs familles. La tâche l’épuisait. Régulièrement, il arrivait que des malades succombent, et que leurs proches fous de douleurs accablent Samson d’insultes et de reproches. Son hôte, cependant, ne lui fit pas la moindre remarque lorsque son épouse vint à mourir. Au contraire, il le remercia d’avoir tant œuvré.

A force de travail, Samson réussit à trouver le remède parfait, et put sauver la fille du notable et de nombreuses gens du pays. En remerciement, on voulut le couvrir de richesses. Il refusa tout. Il suggéra seulement de faire construire un hôpital, et le notable accepta, à la condition que Samson reste encore un peu et dirige le chantier. Ainsi l’édifice sortit-il de terre, et on l’appela Dol, en mémoire des grandes douleurs que l’épidémie avait causées. Le village du notable adopta le même nom avec fierté. Bientôt, c’est toute la région que l’on nomma « Pays de Dol ».

L’as-tu déjà vu ? Je te le conseille. Samson lui-même s’y attacha, et s’attacha aux gens qui y vivaient, tant et si bien qu’il abandonna son désir de voyager. Je te dirai, bientôt, ce qu’il fit ensuite. Prends soin de toi.



Lettre cinquième – comment Samson renonça à son voyage d’étude pour diffuser la foi en Bretagne, et l’aventure du médecin jaloux

Ma chère enfant,

Je t’ai dit que Samson souhaitait désormais continuer d’œuvrer pour les souffrants. Je crois aussi que le spectacle des souffrances physiques et morales l'avait ébranlé, et qu'il désirait s’entourer autant qu’œuvrer pour la foi. En tout cas, lorsque les plus saints hommes que la terre de Bretagne ait porté se rassemblèrent pour lui inculquer le message divin, Samson fut du nombre, comme de juste ; et je tiens de source sûre que l'idée de quadriller le terrain fut sienne.

Il se rendit vite très populaire tant par ses prêches que par ses conseils éclairés aux gens du commun. Ainsi qu’il l’avait fait à Cardiff, il leur enseigna notamment comment on agit en cas de morsure de serpent, ou comment on chasse les oiseaux d’un champ nouvellement semé en plaçant des épouvantails. Bien qu’il soignât désormais les âmes, il ne dédaignait pas de s’occuper des maladies du corps. On lui confiait systématiquement les cas les plus graves, car il excellait dans son art.

Un jour, un médicastre, jaloux des prouesses du clerc, voulut l’empoisonner. Il l’invita à dîner, et lui servit du vin de pomme dans lequel il avait versé de la ciguë. Samson bénit sa coupe, la but… mais ne fut pas affecté le moins du monde, et complimenta même son hôte pour l’excellence de son alcool. Le médicastre, frappé de ce prodige, tomba à genoux et implora le pardon du Très Haut.

Samson ne voulut jamais parler de miracle, car il était trop modeste. Mais tu sais ce que j’en tiens. Voilà quel homme béni du ciel j’eus l’heur de fréquenter.



Lettre sixième – le clerc et la politique

Tu me reproches, Anne, de louer l’homme de foi et l’ami des gens simples, sans parler des prouesses qu’il accomplit pour son pays. C’est un bien mauvais procès, vraiment, et à deux titres. D'abord parce qu'il était homme de foi, et que son premier pays était la Terre ; ensuite, parce que les gens simples sont justement ceux qui forment la cité. Ils en sont le corps, et le corps doit être traité avec soin et respect. C’était la maxime de Samson.

Mais soit ! Si tu veux du sensationnel, et que l’épidémie de Dol ne te suffit pas, voici par exemple. Je t’ai dit que parmi les cinq grands clercs de ce temps-là, Samson était le mieux organisé. C’était aussi le plus savant et le plus sociable, et le plus fin diplomate. Il se trouva en position d’intervenir sur le terrain politique, lorsqu’une querelle violente opposa un chef breton et un chef franc d’alors, et il fit en sorte que le premier fut rétabli dans ses droits. A Paul Aurélien, qui lui reprocha de se mêler du pouvoir temporel, il écrivit :
« Je sers Dieu – dois-je cracher sur la Terre ? Je loue le très haut pouvoir – doit-je être aveugle au plus petit ? Il y eut une injustice, je tâchai de la réparer, je réussis. Je n’y gagne ni or, ni terre, ni puissance. Je récolte même la haine de quelques uns, sourds aux intérêts des gens d’ici. Baste ! La seule richesse que je veux, c’est d’avoir pu faire quelque chose. »
Paul Aurélien ne disputa plus, puisque les actions de son ami avaient été suivies d’effets : la crise politique passa. Samson, cependant, le Très Haut me pardonne, avait eu tort sur un point : il récolta bien davantage que de la satisfaction. Sa nouvelle notoriété le fit bientôt considérer comme la tête des clercs du pays – et ses amis ne lui auraient pas refusé le titre. Voilà aussi quel homme tu dois honorer.



L’héritage

Ma bien chère Anne,

J’arrive à la dernière de ces lettres ; car je t’ai conté beaucoup déjà. Le reste, tu pourras l’apprendre par toi-même, si tu le souhaites. Je veux seulement, encore, te dire comment mon maître mourut.

Il avait alors quatre-vingt cinq ans, et un mal lent mais sans remède lui attaquait le corps. Ses amis, moi le premier, le prièrent instamment de se prodiguer à lui-même ses miracles, mais il leur exposa que son mal ne pourrait être soigné par ses plantes, et que du reste, il ne faisait pas de miracles. Je crois bien que ses derniers mots furent pour demander une bouteille d'alcool, et souhaiter bien du plaisir à ceux qui le suivraient.

Je ne sais combien de temps durera ce qu'il a fondé, mais la foi rayonnera dans son sillage. Ce fut ma tâche. C'est la tienne également, aujourd'hui. Bientôt, je quitterai ce monde ; et toi, tu formeras de jeunes gens qui feront la même chose.



Traduit et compilé en décembre de l'an 1461 par la Sœur Elisabeth Kermorial

Appendice

Reliques : les restes de Samson furent dispersés à la suite d’invasions normandes. Un fémur, un tibia et quelques fragments furent récupérés et se trouvent encore à Rennes. La coupe dans laquelle Samson but le vin empoisonné se trouve à Fougères.

Fête : 28 juillet

Thèmes de prêche :
- les parents et leurs enfants
- la maladie
- la diplomatie
- la politique
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Cathelineau
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