Saint Paul Aurélien

Aller en bas

Saint Paul Aurélien

Message par Cathelineau le Mer 21 Fév - 1:22

Hagiographie de Saint Paul Aurélien, dit Pol de Léon





Paul Aurélien (en breton Paol Aorelian) est le patron de la ville de Saint-Pol-de-Léon (Kastell Paol), et l'un des sept saints fondateurs de Bretagne. Il est généralement représenté accompagné d’un petit dragon, par plaisanterie et référence à l’épisode de Dagon de l’île de Batz. Ci-après est contée son histoire, telle que rédigée à sa mort par un moine de ses amis :


A l’heure de la mort de mon ami Pol de Léon, cette plume peut-être consolera mon cœur désolé. C’était un grand homme, assurément, qui me sauva de bien des maux, et si quelque chose peut apaiser encore ma souffrance, c’est bien son souvenir.

Naissance et jeunesse

Paul Aurélien – ainsi le nomma-t-on à sa naissance – vit le jour aux alentours de 490 sur l’Île de Bretagne. Fils d’un guerrier et aîné d’une fratrie nombreuse, il était destiné à la carrière des armes. Dès son jeune âge, cependant, il montra un goût hors du commun pour l’étude et la religion. Il ne consentait à combattre qu’un jeune chien turbulent, judicieusement prénommé Dragon, qui pillait la maisonnée et terrorisait le voisinage. Dans l’innocence de la jeunesse, il crut que l’on pouvait combattre un animal en lui opposant les conseils de Christos. Plus tard, Pol eut souvent l’occasion de me raconter combien je lui rappelais ce molosse, non seulement par mon nom, mais par ma conduite. Je dois dire qu’il avait raison.

Le père de Pol, averti du comportement de son fils, en rit d’abord et le morigéna bien, car il ne faut point traiter les bêtes comme des hommes ; mais il vit aussi que l’enfant avait beaucoup à donner, et consentit à confier son éducation à un monastère. Il fit on ne peut mieux.

Education et premiers pas en tant que clerc

Pol put ainsi s’adonner en toute quiétude à l’étude des textes sacrés et à la pratique de la vertu. Il eut pour condisciples Samson, Brieuc et Malo, et tissa avec eux une solide amitié qui devait porter, plus tard, bien des fruits.

Arrivé à l’âge d’homme, il émit le souhait de fonder un tout petit monastère loin de tout, avec deux ou trois frères pour unique compagnie. Son supérieur, cependant, qui le connaissait bien et savait son goût de la solitude, le mit en garde. Il lui prouva nettement que son projet ressemblait à un ermitage : or, la vie retirée n’est pas bonne pour les hommes. Pol Aurélien plia devant la justesse de cette raison. Hier encore, après toute une vie de bienfaits, il associait encore son vieux maître à ses prières et le remerciait de l’avoir gardé de son erreur.


Le départ en Bretagne, la digue

Il ne prit jamais goût aux honneurs. Jugeant un jour sa mission accomplie, il refusa de revêtir le vert des évêques, et insista auprès du roi pour être libéré de sa charge. Il souhaitait se joindre à un groupe de prêtres en partance pour l’Armorique, et continuer là-bas sa mission. Marc'h lui en accorda la permission à contrecœur. Pol gagna donc la côte, et, en attendant le bateau, séjourna une semaine dans le monastère où sa sœur était abbesse. Il usa de ce temps pour faire construire aux moniales une digue protégeant l’édifice menacé par les eaux. C'était bien peu de temps, en vérité, pour un si grand et si solide ouvrage, et je m'étonnai de cette prouesse lorsque Pol me la raconta. Mais il sourit modestement, et me rappela qu'avec l'aide de Dieu, les choses les plus étonnantes peuvent être accomplies.

Ayant gagné par bateau l’île d’Ouessant, les voyageurs y édifièrent un petit oratoire afin que le Très Haut ne fut pas oublié en cette terre alors pauvre et peu peuplée. Mais Pol Aurélien se souvint du conseil de son ancien supérieur, et vit qu’ils ne devaient pas s’attarder plus longtemps dans cette solitude. Il laissa donc l’un de ses compagnons sur place avec les habitants, et les autres reprirent la mer. Le second débarquement eu lieu sur les côtes du Léon, dans un petit village dont le nom s’est perdu. Ils y bâtirent une église. C’est ce village qu’on appelle aujourd'hui communément le village de Pol, en l’honneur du très vertueux homme qui en fut le curé.

La clochette

Pendant la construction de l’église, Pol Aurélien reçut la visite des pêcheurs, qui apportaient un gros poisson pris au rivage pour le déjeuner des travailleurs. Quelle ne fut pas leur surprise lorsqu'ouvrant le ventre de l'animal ils trouvèrent une petite cloche. Paul Aurélien se pencha pour l'examiner, et sourit :

   « Cette cloche, dit-il aux pêcheurs, me parait toute semblable à celles que le roi Marc’h possédait, et dont on se servait pour appeler les convives à dîner. Comme je lui priai de m’en donner une, en gage d’amitié, lorsque je le quittai, il me la refusa. La voici, ou bien c’est un hasard signifiant, et je vous appelle tous à partager notre repas. »


Je ne sais ce qu’il voulut dire par ce mot, ni même s’il manquait une clochette au dîner du roi Marc’h ce soir là, mais je sais que Pol aurait invité les pêcheurs à manger avec eux même sans cet événement.

Le seigneur de l’île de Batz

Il y avait sur l’île de Batz un seigneur mal aimé, grand et fort, et si vorace qu’il pouvait dévorer tout un bœuf en un repas. C’est du moins ce qu’on en disait. On disait aussi qu’il transperçait volontiers tous ceux qui se dressaient sur son chemin, cruel qu’il était, colérique, orgueilleux, jaloux de ses richesses et de sa pauvre puissance. En vérité, il méritait fort bien son surnom de « dragon ». J’ai honte de le dire ; car ce seigneur, c’était moi, et nul n’osait m’affronter.

Pol l’osa. Contre le conseil des gens du Léon, il se présenta seul et sans arme face à Dagon de l’île de Batz. Surpris de son audace, et sûr de ma force, je le laissai entrer. Que pouvait cet homme simple, portant une étole en guise d’épée, et un livre en guise de bouclier, contre moi qui aurais su le tuer à main nue ? En vérité, il pouvait beaucoup.

Je ne sais combien de temps il me parla. Nous oubliâmes, je crois, de boire et de manger. Quand nous ressortîmes, mes gens s’écartèrent sur notre passage, non plus de crainte, mais de stupeur ; car je suivais docilement cet homme maigre et simple, et je portais son étole autour du cou. Et tandis que je parcourais mon domaine, mes yeux s’ouvrirent sur tout le mal que j’avais causé. Pol me mena jusqu’au rocher le plus au nord de l’île, et sur mon souhait profond, me donna le baptême. Je voulus quitter Batz et le suivre, mais il me l'interdit. J'avais encore bien des choses à accomplir, dit-il, avant de me permettre de choisir ma voie, car j'avais beaucoup de mal à réparer. Je restai donc, et bâtis sur son conseil un monastère.

Le séculier et le régulier

Lui non plus ne menait pas encore la vie qu'il se serait choisi, même s'il le méritait bien davantage que moi. Il disait souvent : le temps n'est pas encore venu. Avec l’aide de ses vieux amis Samson, Brieuc et Malo, ainsi que d'un certain Tudy dont il fit la connaissance, Pol Aurélien résolut en effet de répandre dans la région une foi solide, et pour cela de prêcher et d’agir pour le bien de tous. Ils s’éparpillèrent donc aux quatre coins des pays d'ici.

Mais bien qu’il se soit débarrassé de son penchant pour la solitude, le désir d’une vie monastique ne l’avait pas quitté. Lorsqu’il vit que l’édifice tenait bon, et qu’il trouva quelqu’un pour s’occuper de l’église de sa ville, il se retira donc dans le monastère de Batz où je le rejoignis bientôt.

Ma bougie s’éteint, et le jour se lève, tandis que je termine cette histoire de mon guide et ami. Je sais déjà qu’il ne fera pas le choix de revenir : sa vie fut bien remplie. J’entends nos frères moines rire, en murmurant que le vieux dragon veillera son vainqueur six jours encore, et je rirai avec eux, si je le peux, en hommage. Et lorsqu’il sera temps, je leur conseillerai de faire enterrer les restes mortels de Pol non pas ici, à Batz, mais dans la ville qu’il aimait. Je crois bien que c’est ce qu’il aurait voulu.

Rédigé par Dagon, moine de l'île de Batz, en l'an 594, et traduit par la Sœur Elisabeth Kermorial en août de l'an 1461



Appendice

On a cru bon de préciser l'épisode de la digue que Pol Aurélien fit construire aux moniales, juste avant son départ de Grande Bretagne. Dans une lettre adressée à son saint frère, la sœur de Pol, la mère Abbesse Sicofolla, a écrit :

   Sais-tu, cher frère, que nous rions encore du mot que te dit notre sœur Gwenna : « On ne fait pas travailler les filles » ? Elle en rit elle-même, et répète souvent que tu as eu raison de la contredire, et de nous associer à cet ouvrage miraculeux. Il remplit merveilleusement son office. En vérité, il faut parfois rappeler aux femmes qu’elles valent autant que les hommes. Loué soit Christos, pour l’avoir fait.


Il convient également de produire quelques mots d'une lettre que Pol reçut du roi Marc'h, peu de temps après l'épisode de la clochette, et qui confirme la supposition de Dagon :

   J'ai eu bien tort, mon ami, de te refuser le dernier présent que tu me demandais. J'étais trop fâché de te voir partir, et je te présente mes excuses. Du reste, le Très Haut m'en a puni, dirait-on, car il manque désormais une cloche à mon service.


Les sources rapportent encore ce mot de Pol, adressé selon certaines à la moniale qui refusait de construire la digue, et selon d'autres à Dagon de l'île de Batz désirant le suivre juste après sa conversion :

   « On ne fait pas toujours ce qu’on veut, enfin, quoi, à la fin. »



Reliques : la clochette de Marc'h, conservée dans l'église de Saint Pol de Léon, ainsi que l'étole mise au cou de Dagon, conservée dans le monastère de Batz.

Fête : 12 mars.

Thèmes de prêche :
- le devoir et les convenances personnelles
- le refus de l'ermitage
- la rédemption des méchants, à l'exemple de Dagon
avatar
Cathelineau
Primat de Bretagne
Primat de Bretagne

Messages : 129
Date d'inscription : 07/02/2018

Voir le profil de l'utilisateur http://primatiedebretagne.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum